Le Wifi qui coûtait 1 million...
Par Nicolas le lundi 19 novembre 2007, 15:27 - Franche-Comté - Lien permanent
Dur dur de résorber la fracture numérique ?
C'est apparement le cas en Haute-Saône, un département toujours enclavé numériquement... ou presque.
En effet, un marché a été attribué il y a quelques semaines à un fournisseur d'accès internet rural pour tenter de
réduire le nombre de zones blanches dans le département. Même si la démarche de
la collectivité partait sans doute d'un bon sentiment, c'est une grosse
déception lorsque l'on regarde de plus près l'avis d'attribution du
marché.
En clair : pas de fibre optique et encore moins de Wimax,
pas de dégroupage, et donc toujours pas de possibilité de fournir des services
nécessitant une bande passante importante. Juste du wifi si l'on en croit les
solutions proposées par le prestataire retenu.
Une réaction s'impose
- Cette rustine dont le délai d'éxécution est de 4 ans pour le marché
(période initiale : de la notification du marché au 31/09/2008,
reconductible 3 fois) va coûter au contribuable : 993 017,00 €
H.T

- Le département n'aura toujours pas d'équipement neutre comme son voisin jurassien qui a lancé une DSP pour déployer Fibre optique+Wimax.
- Dans une une région frontalière soumise à quelques restrictions
"hertziennes" (puissance émetteurs FM,...), le triple-play
(Internet+Teléphonie+ bouquet TV/Radios) via ADSL et/ou Fibre est une aubaine
pour de nombreux foyers.
- Les professionnels devront continuer à se tourner vers le seul opérateur présent dans ce département rural (France Télécom) et subir les tarifs démesurés de ce dernier. Précisons sur ce point que sur certaines DSP, arrivée de la concurrence = arrivée de nouveaux opérateurs régionaux indépendants = emplois/économie locale.
Les élus et les techniciens n'ont pas la même définition de la fracture numérique ?
Certains décideurs très mal conseillés doivent se dire
"colmatons les brèches pour calmer les mécontents et on verra ensuite"
alors que le technicien dira "débloquez un budget suffisant pour mettre en
place une véritable politique d'aménagement numérique du territoire sur les dix
à vingt prochaines années".
C'est en substance ce qu'a résumé Gérard Bailly, l'actuel président du CG39, lors d'un récent discours : "l’objectif que nous nous étions donné lorsque nous avons lancé la procédure de délégation de service public au printemps 2006 était simple : mettre un terme à la fracture numérique dans le département d’ici février 2009. Nous le savons bien, comment pourrions-nous espérer attirer, voire même simplement maintenir nos entreprises sur notre territoire, si ces dernières ne peuvent pas bénéficier d’un accès haut-débit à Internet. Quant à nos concitoyens, la demande est de plus en plus forte, et recevoir le haut-débit devient une nécessité : les zones non couvertes perdant de leur attractivité".
Un point de vue qui se complète par un regard sur les besoins en bande
passante liés à l'évolution des usages pros (télésauvegarde, télémédecine,
télétravail & vidéoconférence...) et grand-public (Voix sur IP, Télé sur IP
avec arrivée de la HD, Web Radios, applications domotique...) 
Voila donc l'exemple d'une collectivité qui contribue à financer une ligne TGV mais qui vient de rater le train du haut-débit... Il n'est jamais trop tard pour bien faire ?
Quelques liens pour aller plus loin :
- Les gouvernements responsables de la lenteur de déploiement du
wimax
- FAI "ruraux" : Wizeo,
Sat2Way (avis sur ces
services bienvenus)
- L'évolution de la bande passante, étude Alcatel (PDF, en
Anglais)
- Syndicat Mixte Dorsal, ou
comment le haut-débit est arrivé dans les territoires ruraux du centre France
(Creuse, Corrèze...)






Commentaires
Il faut dire que pour un homme (ou femme) politique il est très difficile de "mettre en place une véritable politique d'aménagement numérique du territoire sur les dix à vingt prochaines années".
Les budget étant annuels et personne ne sachant si cet homme politique sera toujours aux manettes dans 10 ans.
C'est une réalité, dire à un homme politique local qu'un projet sera au top dans 10 ans (même dans 2 ou 3 ans) n'est pas un argument majeur pour lui.
Du coup ça colmate...
... Et constate
ne pas confondre "retour sur investissement" et "mise en place d'une nouvelle infrastructure à un instant T" ?
Nicolas
Il est clair que les élus actuellement aux "gouvernes" de la Haute-Saône ont une vue particulièrement étriquée des enjeux géo-économiques actuels au niveau des régions et départements.
Il est de fait que la solution retenue par les élus Haut-Saônois est utilisée ailleurs. Un des exemples typiques est le Gers, où le Wifi est "entre autres" utilisé, mais toujours en complément d'autres technologies, et pout traiter le particularisme du Gers où le relief est beaucoup plus vallonné que la Haute-Saône, et où la dispersion de l'habitat est jusqu'à 3 ou 4 fois plus importante (Le nombre de hameau de 4 ou 5 maison à 8 à 10 Km d'un NRA est sans commune mesure avec la Haute-Saône. Il est par ailleurs à noter que dans ce département, les infrastructures qui sont en cours de mise en place cherchent à favoriser au maximum la concurrence, dans le mesure du possible.
Il est quelque part effarant de constater que les élus d'un département aussi enclavé en sont encore à "espérer" le désenclavement par les voies de communication classiques, alors que la configuration type de ce département est idéale pour attirer des activités de type tertiaire, ce type d'activité, n'ayant pas besoin d'infrastructures lourdes terrestres, mais seulement de "tuyaux" de communications largement dimensionnés et concurrentiels, ainsi que de locaux et terrains, dont les coûts sont hyper intéressants en Haute-Saône par rapports aux grandes agglomérations.
Dans notre région, le Jura a bien "senti" le vent, et pour enfoncer le clou, on peut se référer à la région Limousin, et pour être plus précis encore, le département de la Creuse, qui ont (et mettent encore) en place une DSP. Il est d'ailleurs à noter que certaines sociétés Francilienne du tertiaire sont ou intéressées, soit en cours de "délocalisation" dans ces départements.
En final, notre voisine, la Haute-Marne, est partie pour "jouer" de la complémentarité, avec du dégroupage, du Wimax et du Wifi...
Il serait grand temps que les élus Haut-Saônois intègrent le fait qu'ils seraient bien avisés qu'en lieu et place de se défausser sur des délocalisations en Chine ou dans des pays en voie de développement, ils pourraient jouer d'une façon plus "futée" le rôle d'aspirateur et faire que les délocalisations se fassent en France, de grandes métropoles vers leur département!
L'immobilisme et le passéisme des dits élus saute aux yeux en faisant simplement un "petit tour" sur le site du Conseil Général 70, et en constatant le niveau de projet fumeux d'une voie Ferrée partant de la LGV Rhin-Rhone, passant par Vesoul, pour aller vers Epinal, via la ligne Lure-Luxeuil-Epinal., et en s'apercevant que le projet en question date de 1999, et qu'il est bel et bien en sommeil... Mais cela fait quelques PDF sur le site... Et sur le même site, lesdits élus prétendent ne pas voulor d'une Haute-Saône uniquement Verte, mais "désenclavée". Le problème est que les idées directrices datent d'un siècle (et pas simplement du siècle dernier!)
Et pour en revenir à la LGV, les élus Haut-Saônois ont ainsi quasiment signé l'arrêt de mort de tout trafic voyageur entre Paris et Vesoul, les premiers effets se faisant sentir dans quelques jours, via la suppression du train du matin vers Paris. Une manip qui coûte déjà cher aux Haut-Saônois, et qui leur coûtera de plus en plus cher, au fur et à mesure des années.
Bref, pour les élus de Haute Saône, l'archaïsme et l'immobilisme sont de rigueur. La décision première d'adhérer à la charte "Département innovants" a surtout permis aux Haut-Saônois de "bénéficier" des tarifs les plus chers de France au niveau des télécommunications. Dans la même trajectoire, la décision de "saupoudrer" pour différer dans le temps une décision que "d'autres" seront contraint de prendre plus tard met en évidence un manque cruel de vision d'avenir.
Le mot d'ordre semble être: Faut pas brusquer les électeurs, faut pas dépenser des "sous" pour ne pas augmenter les impôts, pensons surtout à notre future réélection...
Ils semblent avoir totalement oublié la maxime: Sans grand projet, point d'avenir...
Comme disait il y a quelques temps un journaliste connus à l'époque patron de France 2: Osons!
En "pas tout à fait" hors sujet, votre serviteur (toujours Haut-Saônois immigré en Ile de France) ayant à souffrir des grèves, et ayant la chance de pouvoir télé-travailler "en temps réel", en étant connecté à une rafale de serveurs (Ingé systèmes - réseaux) de sa société depuis son domicile, grâce à de l'ADSL dégroupé (IP Fixe 7Mbits Down, 1Mbits UP, TV, Téléphone illimité vers une soixantaine de pays pour 29,99€ / mois - cherchez l'erreur...).
Pour la petite histoire, j'ai ainsi installé à distance un ERP Complet sur un serveur VMware (Peoplesoft pour les connaisseurs), ceci depuis mon domicile (Les CDs et DVD ayant été préalablement convertis en Iso, et "montés" depuis des disques durs...)
Nous avons mis au point cette méthodologie avec des collègues, en réalisant cette opération sur des serveurs en.. Roumanie et les télé-surveillant depuis nos domiciles...
En commentaire, le volume de travail produit en télé-travail est incroyablement plus important qu'au bureau, l'élasticité des horaire aidant...
Pour l'instant, nos patrons franchouillards n'ont pas encore intégré la "chose", en restant sur des schémas "lutte des classes"...
Une petite dernière: Je bénéficie grâce à ma société d'une "Mutuelle" (en fait assurance de groupe). Rien de particulier à celà, si ce n'est que cette mutuelle a son centre informatique à ... Pisseloup! ("Grande banlieue" de Fayl-la Forêt, à quelques encablures de la Haute-Saône).
Bon Week-End à tous
Bien d'accord, toujours le même constat d'élus plus soucieux de leur réélection que de l'avenir de leur pays et de leurs concitoyens!
Le Jura est peut être en effet en train de se détacher par son initiative que je juge encore bien timide. L'idéal serait d'enfouir gaines et fibres à l'occasion de tous travaux de voirie, et pourquoi pas terminer avec de la fibre sur les poteaux électriques appartenant au SIDEC, d'ailleurs partie prenante dans la DSP...
Lorsque dans l'autosaisine du CESR de FC en 2000, j'ai recommandé la fibre et le THD sur le modèle de Pau, les élus régionaux m'ont répondu que le maire à l'origine du projet n'avait pas été réélu; s'il n'était pas mort pour sûr il serait plébiscité aujourd'hui...
Autre réflexion sur les réseaux: nous allons probablement vers la séparation "réseaux/services" sur la pression de Bruxelles. qu'adviendra t'il des réseaux partagés dans les DSP ? Toujours sur le modèle du réseau électrique SIDEC en propre au département on imagine l'intérêt d'un réseau fibre public; je ne développerai pas plus, je penses que d'autres ont plus à dire que moi, modeste boulanger.
salut
GB
Bonjour,
Concernant le projet du CG 70 :
En terme de pilotage, le projet est piloté par des personnes ayant des compétences reconnues pour gérer les routes, les transports collectifs
Or, il est clair que sur la question du haut débit, il faut des personnes ayant la ''fibre'' sans jeu de mot excessif !
en découle aujourd'hui en Haute Saône, une approche ''classique '' du haut débit : pourquoi investir alors qu'il y a déjà l' opérateur historique, ex monopole public qui est là et que l'ADSL répond largement aux besoins ?
A partir de là, l'absence de réelle politique orientée haut débit aidant, il ne peut y avoir de politique en dehors des schémas classiques
Cette politique qui se limite à faire à minima , à faire pour montrer que l'on fait, sans impulser de réelle dynamique globale, engendre plusieurs problèmes :
- un problème juridique : la politique minimale menée tend à renforcer le monopole de l'opérateur historique malgré la législation
- un problème d'attractivité : l'absence de concurrence, le minimum de services innovants, des prix élevés
Lorsque vous interrogez les tenants de ces politiques minimales ou tenants de cette non-politique haut débit, ils vous répondent que :
- l'opérateur historique est présent et peut répondre à tous les besoins
- c'est tuer le service public que de faire venir la concurrence
- les besoins des entreprises ne se situent pas au delà de l'ADSL actuellement
et fustigent les autres politiques sortant de ce cadre minimaliste en les accusant de gaspiller l'argent public
C'est oublier que :
- L'opérateur historique est devenu un acteur privé
- que celui-ci a été à de multiples fois condamné pour avoir faussé la concurrence
- que seule la concurrence permet d'avoir le maximum d'offres innovantes aux meilleurs prix
- que les besoins des entreprises est une variable extrêmement mouvante et qu'en matière de télécommunications , l'offre télécom génère le développement des services et des usages (de ce fait, il est vain de vouloir mesurer les besoins des entreprises en haut débit vu que ces besoins évoluent sans cesse en fonction des évolutions du marché, des appels d'offres remportés, de l'organisation de l'entreprise, etc)
Il existe aujourd'hui une centaine de réseaux haut débit d'initiatives publiques en France (source AVICCA)
Pour ne citer que deux exemples :
1) Alsace Connexia : a permis à tous les acteurs économiques de diminuer de 40 % leurs coûts de télécommunications. Au fin fond de l'Alsace, vous avez les mêmes opérateurs et même tarifs qu'à La Défense !
2) Les Hauts de Seine (92) : en dehors de tout aspect politique politicienne, on pourrait se dire que ce département n'a pas besoin d'investir dans le haut débit - or, conscient des enjeux, le CG 92 a lancé un projet haut débit fibre optique pour les usagers et les entreprises...
Pour le CG 70 , le choix est simple :
* soit faire à minima en communiquant au maximum que l'on fait, en omettant dire qu'on ne résoud rien, que rien n'est fait pour rendre attractif la Haute Saône et condamnant ainsi son avenir déjà bien sombre
* Soit arrêter les pseudo de facilité et prendre le chemin certes plus difficile de lancer un véritable projet politique haut débit en :
- lançant un projet d'initiative publique comme de nombreuses collectivités : dégroupage, couverture de 100 % de la population, concurrence péréquation des tarifs, fibre optique systématique dans les zones d'activités
- en concevant une politique de développement des usages et des services s'appuyant sur ce réseau pour maintenir des activités et susciter de nouvelles
Cette approche dynamique permet de maîtriser l'aménagement numérique du territoire, d'avoir un projet globalisant, cohérent, préparant le territoire avec les technologies d'avenir comme la fibre optique.
Certes , cette approche est moins facile, plus risquée.
Mais le risque le plus élevé consiste vraissemblablement à ne pas en prendre .....
A rien faire, ou à faire minima, on est sûr qu'il arrivera rien ou pas grand chose...
Cdt
L'enjeu pour la Haute-Saône est simple: Il est nécessaire que ce département soit attractif, comment?: En attirant des entreprises ET les personnels qui vont avec! C'est la clef de la non-désertification, car cet ensemble est toujours demandeur de biens et de services, source de développement local.
Les élus Haut-Saônois peinent pour justifier des services que l'état ou la région "sabrent", faute de statistiques satisfaisantes?
Et bien, messieurs les élus, mettez en places des mécanismes qui feront que les statistiques vous soient favorables! Pour une fois que les techniques sont prêtes et pérennes, plongez!
Bon Week-End, de la part d'un Haut-Saônois immigré...