DADVSI/HADOPI: La licence globale pourrait-elle soutenir (durablement) la création ?
Par Nicolas le vendredi, mai 8 2009, 18:20 - Juridique - Lien permanent
Faut-il vraiment taxer les fournisseurs d'accès pour soutenir l'industrie culturelle et risquer au passage de freiner leurs investissements dans le déploiement de la fibre, la maintenance et mise à niveau de leurs infrastructures ?
Cet argument mis en avant par les opérateurs semble un peu "touchy" puisque
certaines collectivités mettent la main au portefeuille budget pour
résorber les zones blanches/grises et créer une situation de concurrence (via
les réseaux d'initiative publique). D'autant plus qu'il semble
clair que les opérateurs n'iront pas fibrer en priorité perpète-les-oies, en tout cas pas sans l'intervention des
collectivités.
Cet argument passé, nous arrivons au débat. Pour ou contre la licence globale ?
En analysant les débats liés à la loi HADOPI et en discutant avec quelques interlocuteurs issus de la culture/TIC/politique, on se rend compte que l'idée d'une licence globale (baptisée "contribution créative" par le PS) pourrait faire son chemin...
La solution se trouverait donc le fait qu'il ne faut pas mettre en avant la "légalisation du téléchargement à but non-commercial" (et ainsi, laisser les offres légales se développer, le marché se régule bien tout seul, cf. les nouveaux modèles arrivés ces dernières années) mais partir sur un "soutien à la création" au plus près du monde culturel.
En résumé, si je pars de cette idée et que je résume les différents points de vue, voici ce qui en ressort :
1/ L'idée de départ reste inchangée: prélever X (centimes) euros par mois et par accès sous forme d'une taxe pour alimenter un fond national de soutien à la création. Donc si l'on s'en tient à ce point, ceci pourrait donner:
0,50 Euros par mois que l'on multiple avec 17 millions d'accès haut-débit (auquel il faut ajouter les
gens en bas débit qui téléchargent illégalement à 4 ko/sec en pointe). Nous
arrivons donc à 8 500 000 euros par mois soit 102 000 000 millions d'euros par
an. On dira que c'est du TTC 
2/ Arrive ensuite la question de la répartition. Pour éviter le filtrage et soutenir "réellement" la création, on répartit ce fond commun par région (26 au total).
102 millions qui sont divisés par 26 régions = Environ 3 923 076 euros pour chaque fond régional.
3/ Enfin, qui distribue l'argent pour soutenir la "création" (donc les tournages et la prod audiovisuelle, les évènements musicaux, le théâtre, etc.) ?
... Les DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles).
Depuis 1977, le ministère de la Culture et de la Communication est présent dans chaque région grâce aux Directions régionales des affaires culturelles (DRAC). La loi du 6 février 1992 organisant l’administration territoriale de la République a fait des DRAC des services déconcentrés du Ministère. Les DRAC sont chargées de mettre en œuvre, sous l'autorité du préfet de région et des préfets de département, la politique culturelle définie par le gouvernement. Elles exercent également une fonction de conseil et d’expertise auprès des partenaires culturels et des collectivités territoriales dans tous les secteurs d’activité du ministère de la Culture et de la Communication : patrimoine, musées, archives, livre et lecture publique, musique, danse, théâtre et spectacles, culture scientifique et technique, arts plastiques, cinéma et audiovisuel.
Ces directions ont toute autorité pour soutenir les créateurs et la culture au sens large du terme (musées, festivals, tournages de court/moyen/long métrages en relation avec les commissions du film, etc). On peut donc difficilement trouver mieux comme interlocuteur pour se charger de cette répartition des revenus issus du fond national.
Encore faut-il être sur que la volonté est bien de soutenir les créateurs et les nouveaux talents. Et ne pas chercher à favoriser ou mettre sous perfusion des gens dépassés par les nouveaux modèles.
Si vous êtes un acteur du monde culturel et/ou des TIC (ou tout autre), votre avis sur ce schéma m'intéresse. Cette idée si simple sur le papier serait-elle viable en pratique ?
"Le problème de fond, c'est pas les bonnes idées qui manquent, ce sont les mauvaises volontés qui empêchent de les voir émerger" me dit Tristan Nitot avec qui j'ai échangé sur le sujet.
Au final, je ne sais toujours pas si la "licence globale" (ou tout autre nom) est une bonne solution mais comme je le disais ci-dessus, si l'on cherche à soutenir les créateurs de renom ou les nouveaux talents, peut être que cette piste mériterait d'être explorée plus largement ?
Il me semble que cette idée serait assimilée à une sorte de mécénat national puisque le concept est de dire "je prends un peu d'argent qui va servir à soutenir/encourager des projets locaux que vous pourrez ensuite aller voir/écouter/acheter"...






Commentaires
L'idée est plutôt bonne en soi. Seulement, la répartition ne devrait-elle pas se faire plutôt en fonction du nombre d'habitants ?
Par contre, il y a toujours un problème qui va chiffonner pas mal de gens : une connexion internet, ça a pas grand chose à voir avec la culture en elle-même. Ce serait un peu comme subventionner France Télévisions avec une taxe sur le tabac...
Bon résumé et je trouve que le PS a raison de l'appeler contribution créative au lieu de licence globale.
Le terme de licence globale fait penser à une taxe pour tous y compris ceux qui s'en moquent de la culture, ce qui ne la sert pas.
Pour répondre à Yannick, Internet est avant tout un espace créatif et d'échange et beaucoup de gens voient plus de rapport entre Internet et création qu'entre France Télévision et tabac... Le marketing et le corporatisme cherchent peut-être à transformer Internet en une vitrine de la consommation mais ce n'est pas son but à l'origine. Je pense qu'Internet et culture sont profondément liés, ne serait-ce que par les possibilités d'échange et de partage que ce vecteur permet. Juste un petit article sur le sujet:
http://www.lebloggadget.com/2009/04...
excellent mais on peut aller plus loin en instaurant un portail avec systeme de votation.
par exemple les createurs depose leur projet sur le portail segmenté par region et gere par chaque DRAC
de l'autre cote les internautes de chaque region s'inscrive pour voter. comme ca chaque mois ils votent pour soutenir des projets locau.
transparent et innovant pour financer la culture
La contribution créative, nouveau nez de la licence globale, permettrait de "nationaliser" l'économie de la culture et de l'information et freinerait les investissements et espoirs de certains artistes (et tous leurs collaborateurs qu'il ne faut pas oublier : éditeur, parolier, mélodiste, manager, producteur…) à vivre de leur succès sur le net. Je m'explique : tout le monde serait logé à la même enseigne, les artistes sans talent et sans public et les artistes talentueux avec du public. Un rêve post marxiste en quelque sorte…
De plus, alors que les lois nationales ont peu de valeur en Europe face à l'application du Traité de Lisbonne qui va renforcer le Parlement Européen, imaginer une régionalisation de la répartition de la cagnotte issue par une taxe forfaitaire sur les accès web nous ramène au "village gaulois".
Non, il faut imaginer un système qui puisse marcher partout dans le monde, pour tous les types de contenu et d'ayant droits, et oublier, pour une fois, notre beau pays comme paradigme de l'exception culturelle.
Jeudi 28 mai, le Parti Radical organise un colloque "post Hadopi" à L'Assemblée Nationale pour les députés de la majorité avec un plateau d'intervenants varié et compétent. On en reparle sous peu.