A quelques heures de l’arrivée de Free sur le marché du mobile, le Président du groupe Orange s’est fendu d’une interview qui ne passera pas inaperçue. Et pour cause…
En 2008, si l’on en croit le Canard Enchainé, Martin Bouygues (propriétaire de Bouygues Telecom) aurait lâché une petite phrase que les « geeks » (et le marché des télécoms) n’oublieront sans doute jamais : « Je me suis acheté un château, ce n’est pas pour laisser les romanichels venir sur les pelouses ».
Pour finir en beauté l’année 2011, c’est son collègue Stéphane Richard, qui nous a gratifié d’une interview parue dans Le Figaro. Le principal thème est l’arrivée de Free Mobile et ses plans pour contrer ce nouvel acteur dérangeant.
Plus fin que son confrère dans la répartie, le PDG du groupe Orange semble lui aussi avoir le secret de la petite phrase qui saura rapidement créer le buzz qu’elle mérite.
A la question « Allez-vous baisser vos prix? », le dirigeant rétorque : « Nous avons tout un arsenal de ripostes commerciales prêtes pour répondre très rapidement aux offres de Free. Bien sûr, c’est une évidence, nous pourrons jouer sur les prix en fonction de ce que Free fera. Mais tout ne se résume pas à un prix! (…) »
La tension est palpable, rien d’exceptionnel dans ce propos. Mais l’argument choc arrive après cette exclamation : « La mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre qu’un geek à Paris. »
Nous tenons notre phrase choc. Quelques lignes plus tard, le PDG d’Orange affirme posséder le « meilleur réseau » (du marché français).
En jetant un œil sur la cartographie officielle, il apparait que la couverture 3G d’une large partie du Cantal ne semble pas tout à fait optimale… De toute façon, « La mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre qu’un geek à Paris » (car c’est bien connu, dans le Cantal, il n’y a que des fermes, des vaches, des seniors… et aucun besoin de débit exprimé par les rares citoyens et rares entrepreneurs locaux).
Dans le même paragraphe, Stéphane Richard se targue d’avoir « 1200 boutiques près de chez vous, 35.000 salariés pour répondre aux questions des clients et 10.000 techniciens qui peuvent se déplacer chez eux ».
Si l’on passe outre la qualité des hotlines mise à mal chaque année par les associations de consommateurs, notre Mamie du Cantal pourra-t-elle se rendre dans une boutique Orange près de chez elle ?
Selon le site d’Orange, il n’y aurait que deux boutiques de l’opérateur dans le Cantal, ce joli département rural et donc peu dense et in fine peu rentable pour les opérateurs qui ne jugeront pas utile de créer des dizaines de points de vente. En matière de service de proximité, on a connu mieux.
« Si mamie a l’adsl dans le cantal elle a de la chance » réagit un internaute sur Twitter après avoir lu l’interview du dirigeant d’Orange. Cette phrase implique de vérifier la couverture ADSL : heureuse surprise, le département semble bien couvert si l’on en croit Ariase.
En revanche, en dégroupage, nul besoin de s’étendre : un simple regard ici suffira pour se forger son opinion.
Stéphane Richard va toutefois rendre notre Mamie folle de joie car cette dernière pourra bientôt profiter du très haut débit mobile (la « 4G »). En effet, il déclare dans son interview que sa marque veut être la première à mettre en production son réseau 4G ce qui est tout à son honneur.
Et l’homme de préciser que « 2012 sera consacrée à l’expérimentation en grandeur réelle sur plusieurs sites, dont un en région parisienne. Le lancement commercial interviendra courant 2013″.
Hélas pour notre Mamie du Cantal qui espérait bénéficier de services innovants pour être maintenue chez elle, regarder les clips de Georgette Plana lors de ces promenades ou encore rester en contact permanent avec ses proches/son aide à domicile, seul le geek parisien pourra regarder des vidéos de Deaudmau 5 en FullHD sur son super-smartphone-sextuple-core en 2013.
De toute façon, « la mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre qu’un geek à Paris ».
C’est un fait, les ruraux n’ont pas besoin des mêmes services que les zones urbaines. Certains parisiens ne le savent pas, mais les citoyens qui vivent et travaillent dans les régions « rurales » ne sont pas que des seniors Mamies qui lisent le journal tous les matins et regardent Question pour un Champion en tricotant.
Dans les territoires ruraux, il y a aussi des jeunes (« geeks ») ET des moins jeunes (« geeks »). Et l’on trouve aussi des entreprises, des artisans (« geeks »), des agriculteurs (« geeks »), de rares médecins (« geeks »), qui ont besoin de services au même titre que le petit entrepreneur basé rue Camille Desmoulins à Issy Les Moulineaux.
Sait-on jamais, si Stéphane Richard venait à passer par ici, cette contribution pourrait l’éclairer sur les besoins des ruraux et l’importance de ne pas les abandonner. Mieux, de les aider à revitaliser leurs territoires grâce aux technologies IT.
D’ailleurs, il pourrait également en profiter pour répondre à la question posée sur l’adoption massive d’IPv6 lors d’un récent colloque à Bercy autrement qu’avec l’argument selon lequel « La mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre qu’un geek à Paris » et surtout pas d’IPv6 pour connecter sa machine à laver à Internet et être avertie sur son smartphone connecté en 4G dès que la lessive sera terminée.
Concluons enfin par une anecdote positive, un clin d’oeil comme seul Jean-Pierre Pernaut sait les faire. Le patron d’Orange l’ignore sans doute mais le geek parisien aime – comme des millions d’autres – se connecter sur JeuxVideo.com pour suivre l’actu de la thématique éponyme et converser avec ses pairs.
Cette communauté à succès est née au début des années 2000 dans le Cantal, à Aurillac, preuve s’il y en avait besoin que les geeks ne se trouvent pas seulement à Paris… et peuvent même se lancer dans de grandes aventures depuis leur belle campagne, à quelques kilomètres seulement de chez Mamie.


Stéphane Richard a effectivement prononcé une phrase tout à fait malheureuse quand il a déclaré que « la mamie du Cantal n’a pas besoin de la même offre qu’un geek à Paris » .
De mon point de vue, la bonne phrase serait plutôt « En général, et sauf exceptions, les mamies n’ont pas les mêmes besoins que les geeks… En revanche, les geeks et entrepreneurs du Cantal ont exactement les mêmes besoins que les geeks et entrepreneurs parisiens et il faut donc leur apporter le même accès Internet à haut débit, voire à très haut débit ».
Et ce n’est pas Olivier Bernasson, fondateur de http://www.pecheur.com basé en Auvergne, qui me contredira
Pourquoi un geek dans le cantal ne pourrai pas avoir la même offre qu’une mamie à paris?
@Un Peu d’Objectivité :
« puisque cela coûte plus cher de fournir un service dans une zone moins dense par exemple. »
Non l’équipement est le même … c’est juste potentiellement moins rentable (puisque zone moins dense = moins d’abonnés)
Sachant que souvent les collectivités locales financent les installations pour réduire les zones blanches. (pour le cantal voir http://www.cantal.fr/page.php?Theme=10&Rubri=45&ssRubri=47 )
La mamie du cantal a donc, par le biais de ses impôts, contribué a financer les installations, doit pour des raisons techniques qui sont incontournables en l’état actuel de l’art, se contenter d’un service moindre … mais reçoit quand même la même facture que le Geek parisien
@campageek :
« Mais alors pourquoi paie-t-elle le meme prix (voir plus) pour un service que vous reconnaissez moindre? »
-> puisque cela coûte plus cher de fournir un service dans une zone moins dense par exemple.
Doit-on jouer avec les jeux de mots publicitaires pour lui dire qu’oublier le Cantal … pourrait lui être fatal
Nous avons changé d’opérateur orange pour free : meilleure offre et meilleure connexion que le bas débit d’orange (nous sommes en bout de ligne à Aurillac). Il y a peut être seulement 2 boutiques, mais la compétence n’y est pas… en dernière ligne, le prix y est mais pas à la hauteur de l’offre…
Alors la cantalienne que je suis déplore la petitesse d’esprit de ce Monsieur… peut être qu’il fait partie de ces gens qui pensent que tous les taureaux sont noirs…
Décidément c’est à croire que pour diriger Orange – Wanadoo, la formation n’a pas changé depuis 2000. Il faut citer la Basse Auvergne (Olivier Sichel) ou le Cantal (Stéphane Richard).
A l’aube de cette nouvelle année je souhaite très sincèrement à M. Richard de trouver un moment dans son emploi du temps chargé pour tenter de franchir le périph et découvrir la France autrement qu’avec les yeux de JP Pernault.
Ah ! la bonne vieille pratique journalistique … Dire qu’il y a des mamies dans le Cantal ne veut pas dire que le Cantal n’est remplie que de mamies. Un grand bravo à l’auteur de cet article qui ne connait pas le recul et donc qui donc doit avoir du mal avec l’objectivité, dur dur quand c’est la principale qualité que l’on demande à un journaliste.
@campageek :
Justement, Orange veut proposer des tarifications différentes en fonction des usages et services, pour la tarification unique malgré des débits différents, il faudra voir ça avec Free…
Dites monsieur Orange; que la mamie du Cantal n’ait pas les mêmes besoins que le geek parisien… Admettons. Mais alors pourquoi paie-t-elle le meme prix (voir plus) pour un service que vous reconnaissez moindre?
On pourrait l’entendre si dans sa bouche cela ne signifiait pas « connexion au rabais ».