Le financement des réseaux et la Net Neutralité ont fait débat en 2010. Ce n’est que le début d’une évolution qui devrait se poursuivre dans les années à venir avec notamment, l’explosion de la consommation de vidéo en ligne.
Ces deux thèmes (financement et neutralité) ne sont en définitive qu’un seul et même sujet.
Le livre blanc publié par la jeune pousse Cedexis [voir interview de Julien Coulon, son co-fondateur, ndlr] propose une photo de la partie immergée de l’iceberg de l’Internet (les performances, les réseaux, le routage).
Une nécessaire explication pour mieux appréhender les changements majeurs en cours et élaborer une vision à court et moyen terme…
- Comment ça marche ?
Les éditeurs de contenus hébergent leurs données chez des Hébergeurs, eux-mêmes connectés à un certain nombre d’opérateurs.
De leur coté, les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) se connectent aux opérateurs pour permettre aux internautes d’accéder aux contenus hébergés.
Malheureusement, les FAI et les Hébergeurs ne sont pas forcement connectés aux mêmes opérateurs. Il est donc nécessaire pour ces derniers d’établir des accords de peering (interconnexion permettant le transfert symétrique d’information) afin de faciliter l’acheminement des données entre l’hébergeur et l’internaute.
Lorsqu’un déséquilibre de trafic entre deux opérateurs se crée, une facture est générée. Ceci explique une des raisons pour laquelle un contenu hébergé en France, consulté par un internaute lui aussi situé en France, peut transiter par les États-Unis au dépend de la qualité de service.
L’impact performance est double : Plus les informations transitent via de longue distance et de nombreux réseaux, plus le risque de perte d’information est important et plus le temps de chargement augmente pour l’internaute.

- Naissance des CDN (Content Delivery Network ou Réseaux de diffusion de contenus)
La croissance du trafic Internet et de l’audience de son site oblige alors l’éditeur de contenu à surinvestir en infrastructure pour absorber un pic d’audience potentiel. En effet le nombre de serveurs nécessaires n’est bien sur pas le même pour soutenir les requêtes simultanées de 10 ou 1000 internautes. De plus, le bon dimensionnement peut s’avérer délicat : un site média ne peut pas anticiper les attentats du 11 septembre.
Un site de commerce électronique ne veut pas payer et administrer des centaines de serveurs toute l’année pour supporter la charge de trafic des deux périodes de soldes annuelles.
Ces évolutions comportementales ont fait naître de nouveaux acteurs : les CDN (Content Delivery Network : Akamai, Limelight, Level 3, Cotendo, CDNetwork…). Leur objectif est de soulager l’infrastructure de l’hébergeur en copiant les contenus des éditeurs sur des serveurs proxy (miroir) déployés à différents endroits du réseau mondial Internet.
L’internaute naviguant sur un site utilisant ce type de service se retrouve sans le savoir vers le serveur le plus proche et/ou le plus disponible (le moins saturé). Les CDN contractualisent avec différents opérateurs, échange ou achètent à prix compétitif de la bande passante revendue à l’éditeur sous forme de service à valeur ajoutée.
Note Nicolas : Velocix veut introduire un nouveau modèle pour la diffusion de contenus sur IP
- Peering, Transit IP et/ou CDN ?
Certains éditeurs, forts consommateurs de CDN, prennent alors conscience qu’un accès direct au FAI peut être plus économique et plus performant. Ces éditeurs majeurs négocient des accords de peering directement avec les FAI soulageant ainsi leur facture CDN et améliorant leur performance. Ces accords d’échanges, facturés par le fournisseur d’accès, deviennent de plus en plus onéreux.
FOCUS : Les problématiques financières des FAI
Ces sociétés, souvent opérateurs télécom, investissent de manière significative afin de fournir aux citoyens un accès à Internet. Ces investissements vont de la création de la ligne jusqu’à l’acheminement de la connectivité dans de gros centres de données et l’emploi de personnels qualifiés… Même si l’on peut considérer que la fibre devrait diminuer les coûts globaux supportés par un FAI, ces derniers varient entre 12 et 18 euros HT par Mbit/s.
Sachant que la consommation moyenne sur le mois d’un internaute ne cesse d’augmenter de manière exponentielle et que le prix de vente de l’accès forfaitaire est de 25 euros HT/mois, on comprend les tensions liées à une augmentation rapide du trafic qui entraine une réduction des marges.
De plus le développement de nouveaux services tel que la télévision connectée rendra cette équation toujours plus difficile à résoudre.
Les coûts globaux d’un FAI peuvent être décomposés en 3 parties :
- L’accès au backbone de l’opérateur (réseau de transport)
- L’accès intermédiaire (entre le DSLAM et le BAS ou le 1er niveau de réseau de collecte)
- Le dernier kilomètre ou « last mile » (entre l’internaute et l’équipement d’accès au réseau comme le DSLAM)
Chaque maillon intermédiaire a son propre coût et afin de les réduire, les FAI déploient des serveurs de cache régionaux. Ces « proxy » améliorent la qualité de service offerte tout en réduisant les coûts liés à la croissance du trafic moyen par internaute. Les accords de peering sont mis en place au niveau régional et évitent de remonter systématiquement sur un point central.
- Les FAI deviennent CDN
Suite au déploiement de leurs proxy régionaux, les FAI se retrouvent enrichis d’une nouvelle solution technique, économique et commercialisable.
Ces FAI disposant d’entités techniques de qualité proposent des services d’hébergement, ils peuvent proposer désormais à leurs clients hébergés une solution de CDN régional garantissant à l’éditeur de contenus une qualité de service encore plus performante à un prix très compétitif. (Ces coûts sont déjà amortis par les économies générées au niveau du FAI, donc tout se qui sera vendu est considéré comme de la marge brute).
Un nouveau marché s’ouvre à ces FAI/hébergeurs qui bénéficient d’un marché mature car déjà évangélisé par les CDN historiques.
Note Nicolas : Le FAI néo-zélandais Orcon élargit ses activités à une dimension CDN
- Le CDN est devenu une commodité
Remarques : Les CDN historiques ont tendance à disparaître (volontairement ou pas) du réseau de ces opérateurs/FAI. Leurs présences commencent à être considérées comme une concurrence à cette nouvelle activité lucrative pour l’entité business service. Les FAI ont désormais pris pleinement conscience du poids et de la valeur de leurs internautes.
Concernant la Net Neutralité, il est logique de craindre que cette centralisation du pouvoir sur l’accès aux internautes puisse laisser penser qu’un éditeur de contenus qui n’a pas de contrat avec le FAI-CDN pourra être traité différemment (plus lentement) au détriment de sa performance et donc de son chiffre d’affaires et sa viabilité économique.
Cette situation existe déjà si l’éditeur de contenus fait appel à un prestataire dont sa connectivité n’est pas optimisée avec les FAI de son audience. Cependant cette différence ne fera que s’accentuer dans cette situation.
Est-il naïf de penser que ces offres entreprises éviteront une augmentation du prix de l’accès à l’internet grand public… ? Sait-on jamais.
- Association d’opérateurs pour un CDN commun ?
Un opérateur doit parfois aller chercher des milliers de fois le même paquet d’information dans la même journée chez un autre opérateur.
Par souci d’économie et d’amélioration des performances, nous voyons naître des discussions de coopération/alliance pour déployer des solutions CDN inter-opérateurs. Les Cisco, Varnish et autres solutions de caching… vont donc durablement trouver un accueil favorable chez les opérateurs.
- Quelles opportunités pour les Éditeurs de contenus ?
Le marché du transport des données est en pleine mutation. L’éditeur de contenus a tout à gagner à condition de rester vigilant.
Ceci est fondamental lorsqu’on connait l’impact des performances sur un site :
- 10 millisecondes (ms) de latence pour le site d’Amazon représente 1% de vente de perdu
- 400 ms de latence pour Yahoo = 5,9% de visite en moins
- 20% amélioration de performance pour France Télévisions représente 10% de revenus publicitaire complémentaire.
De plus, ces FAI/CDN stimulent la concurrence, situation toujours idéale pour tirer les prix vers le bas ou diffuser plus de contenus à budget ou obtenir de nouveaux services.
Cependant, certaines logiques de fonctionnement sont à revoir. En effet, tout comme un hébergeur se connecte à plusieurs opérateurs, l’éditeur de contenus doit idéalement souscrire à plusieurs CDN ou à un agrégateur de CDN (grossiste en CDN) en plus de son hébergeur, car malheureusement aucun prestataire ne peut être bon, partout tout le temps et pour chaque internaute.
C’est ainsi que certains éditeurs de contenus ont gagné fortement en performance et en coûts en mixant la diffusion de leurs contenus entre leur hébergeur et plusieurs CDN.

- Quid du Cloud Computing ?
Le monde des CDN se banalise mais une situation identique est en train d’apparaître dans le monde du Cloud Computing.
En effet la problématique du CDN qui s’apparente à la bande passante, trouve son pendant dans le Cloud Computing avec la puissance de calcul facturée à l’usage. Après Amazon, RackSpace, Gogrid, Google App… pléthore de Cloud régionaux apparaissent au grand bénéfice des éditeurs de contenus.
Merci à Julien Coulon de Cedexis pour cet article

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