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[Traduction] Quand l’Iran souhaite créer son propre Internet
 

Mise en ligne:21 septembre 2010
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Avec l’accord de l’équipe de Renesys, une société britannique spécialisée dans la veille et l’analyse des données de routage sur Internet, voici la traduction d’un billet issu de leur blog corporate.

Jusqu’à cette année, les sociétés iraniennes ont pris pied sur Internet essentiellement comme des consommatrices de bande passante internationale. En 2010, elles ont toutefois élargi leur champ d’application. En effet, depuis cette année, la société iranienne de télécommunications gérée par l’État a commencé à fournir des services de transit IP en Afghanistan et en Iraq, agissant ainsi comme opérateur de transport pour les échanges commerciaux et gouvernementaux.

Dans les prochains jours, nous allons spéculer sur ce que cela pourrait signifier pour la croissance de l’internet eurasien.

Imaginez un instant que vous êtes un patron d’entreprise ou que vous travaillez pour le gouvernement dans une région aux infrastructures très limitées. Vous voyez l’accès à Internet comme une priorité essentielle pour la stabilité sociale et le développement économique – en complément de réseaux de télécommunications traditionnels pour transporter la voix, d’un approvisionnement fiable en électricité et des routes pratiquables en toute sécurité.

Mais vos choix en matière de connectivité Internet internationale sont limités car vous ne pouvez pas accéder directement aux câbles sous-marins et la connectivité satellite géostationnaire n’est pas une solution moderne pour répondre à la demande d’accès à internet de tout un peuple. Que feriez-vous dans ce cas ?

Vous allez discuter avec des pays voisins de taille plus importante pour essayer de négocier du transit Internet vers le monde extérieur en passant par eux.

Voilà le scénario tel qu’il est suivi dans le cas de la reconstruction de l’Afghanistan et du Kurdistan irakien. Les deux régions n’ont pas de littoral et manquent d’infrastructures techniques après des années de guerre. Mais elles ont trouvé un partenaire de choix prêt à investir et accessoirement proposer des services d’accès internet : le gouvernement iranien.

Internet devient-il un outil de la diplomatie Iranienne ?

Comme nous l’avons déjà noté auparavant, L’écosystème internet iranien est riche et bien développé, avec à peu près le même nombre d’AS (Autonomous System) que des pays comme l’Afrique du sud ou la Grèce.

En 2009 et 2010, l’Iran a souhaité accroître et diversifier ses sources/entrées de bande passante internationale. Cela passe par l’achat de capacité auprès de fournisseurs issus de Turquie et de Russie, et auprès d’opérateurs internationaux qui servent les États du Golfe via des câbles sous-marins.

L’Iran jouit d’un long historique d’échanges avec ses voisins dans le transport d’énergie et les transmissions électriques, deux routes que peuvent facilement suivre les fibres optiques.

Le partage de liaison Internet vient logiquement s’inscrire dans le schéma d’extension de l’influence de l’Iran dans la région, faisant des relations transnationales déjà établies un outil d’amélioration de la stabilité dans la région.

Après tout, exporter des infrastructures, c’est exporter son influence et l’Iran sait parfaitement que l’Afghanistan et l’Iraq accepteront facilement l’aide là d’où elle vient.

Le Kurdistan irakien

L’Iraq jouit d’un accès à la mer et des plans sont prévus pour connecter un câble sous-marin par le sud. Au nord par contre, la région autonome du Kurdistan irakien est très éloignée, à la fois géographiquement et politiquement, de la station d’accueil de ce futur câble sous-marin. Mais les sociétés locales font de leur mieux pour sécuriser la connectivité iranienne. Des contrats de reconstruction à hauteur de 200 millions de dollars ont été signés par des entreprises de télécommunications kurdes. Parmi elles, IQ Networks et Al-Sard Group (Sanatel) semblent avoir acheté du transit internet au FAI gouvernemental iranien en partie détenu par les gardiens de la révolution.

CellNet, une entreprise kurde, a démarré 2010 avec 100% de trafic satellitaire acheté chez LuxLink avant d’ajouter de la capacité de transit chez les Iraniens d’IQ Networks en avril puis chez les Turcs de Newroz Telecom en juillet, leur permettant à la fois de diversifier les opérateurs de transit IP et de se passer de la connexion satellite. C’est la preuve d’un écosystème internet en bonne santé: une petit société qui réagit de manière rationnelle en fonction des offres disponibles de nouvelles routes internet et qui répartit ses sources entre différentes alternatives.

D’autres opérateurs iraniens ont affiché clairement leurs intentions de contribuer à développer le marché des télécoms en Irak. On peut citer Zain Kuwait qui veut s’installer au Kurdistan irakien, au sein d’un pays qui offre l’un des marchés de téléphonie mobile les plus compétitifs du moyen-orient. La concurrence devrait continuer à agir pour permettre aux clients irakiens de bénéficier d’un plus grand choix et de prix plus attractifs.

L’Iran est de toute évidence en train de tester le marché du trafic internet en Irak mais personne ne sait encore vraiment le rôle que ce pays pourra jouer sur le marché des télécoms irakiens…

Traduction du billet original publié par Renesys effectuée par votre serviteur et Cyril Fussy // Si vous voyez des fautes-erreurs, merci de les signaler dans les commentaires.

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